PETIT JOURNAL DU CORONA : les jeunes de Masure 14 prennent la plume pour donner leur vision du confinement, du virus et de notre société. Une manière d’affirmer sa citoyenneté et de montrer que les jeunes sont plus pro-actifs et positifs que jamais.

Mardi 24 mars 2020, voilà déjà une semaine que la première ministre Sophie Wilmès a appelé la Belgique entière au bon respect des règles de confinement. Même son de cloche chez nos voisins français, italiens, ou encore aux États-Unis et en Chine quelques semaines auparavant.
Pour éviter une propagation exponentielle du COVID-19 comme observée en Italie par exemple, des mesures strictes ont étés prises par le gouvernement. Interdiction de sortir de chez soi si ce n’est pour quelques cas majeurs, distance de sécurité, écoles, bars, restaurants fermés ainsi que les magasins non essentiels.
Le pays semble être à l’arrêt et les rues ressemblent de plus en plus à un décor de film apocalyptique .
La population s’organisant comme elle peut, c’est dans les premiers jours qu’elle tombe dans l’angoisse et l’euphorie. Des rayons de supermarchés dévalisés par peur de pénurie, des clients qui se battent pour obtenir le dernier paquet de papier toilette, le peu de personnes présent dans les rues est armées de gants et de masques.
Ce n’est qu’à partir de 20h qu’on peut entendre les premiers élans de solidarité. À l’heure pile voire quelques minutes avant, c’est le pays entier qui se donne presque en cœur à des applaudissements de plus en plus retentissants afin de saluer le courage dont fait preuve le personnel soignant en Belgique et partout dans le monde.

Ce courage pour certains est un devoir pour d’autres comme l’explique Younes Steffens médecin de la région de Charleroi. Contaminé depuis quelques jours comme certaines personnes de son unité, il est contraint de rester à domicile pendant 7 jours. Il reste tout de même disponible en cas de besoin « Je suis contaminé mais je risque d’être rappelé pour les urgences donc je ne peux pas dire que c’est par choix mais par obligation, même si c’est avec plaisir que je le fais. Quand les mesures ont été prises, je me suis directement porté volontaire. » À la question de savoir si tout le monde respecte les instructions, il répond « les gens, même au sein du personnel soignant, ont du mal à respecter les mesures de distanciation physique ». Si, pour lui, cela fait plus de trois semaines qu’il évite tout contact hors soin médical, il constate que pour certains infirmiers et résidents ce n’est qu’à l’arrivée des premiers cas qu’ils se sont restreints à ces mesures.
Ses habitudes ne sont pas totalement bouleversées si ce n’est ses cours et présentations qui ont été supprimés. En ce qui concerne la sécurité du corps médical « ce n’est que depuis peu qu’on a enfin reçu les autorisations de se protéger correctement, c’est-à-dire avec lunettes et masques FFP2 ; on ne pouvait pas le faire avant par manque de moyens » un masque utilisé pour l’ensemble de la journée qui de base devrait être changé toutes les quatre heures.

Pour Marie – nom d’emprunt – logopède travaillant dans un centre d’enseignement spécialisé de la région d’Ath, les procédures de sécurité lui ont été communiquées à elle tout comme à l’ensemble de l’équipe lors d’une réunion avec le directeur du PMS et le directeur de zone.
Faisant partie d’une équipe composée de kinés, instituteurs, cuisiniers, femmes de ménage etc, la directrice de l’établissement, dit-elle, a jugé bon que les personnes symptomatiques ou à risque et celles trop anxieuses pour la situation ne devaient pas venir travailler. Mais pour elle, c’est un choix personnel que de continuer à exercer « nous savions aussi que nous aurions probablement très peu d’enfants. Je dirais donc que oui c’est mon choix mais pour moi c’est logique d’aller travailler vu qu’on a un salaire. »
Les horaires de travail se sont également adaptés à la situation « étant donné qu’il y’a peu d’enfants (2), nous avons créé un système de tournantes avec deux personnes -un instit et un paramédical- plus deux personnes (réserve) à appeler s’il y’a plus d’enfants que ceux prévus (nous avons préalablement appelé les parents pour estimer le nombre d’enfants à l’école). » les procédures de travail ont elles aussi été réadaptées « nous avons actuellement deux cas assez lourds, deux autistes sans langage dont un de Type 4 en chaise roulante. Nous avons donc créé une to do list grâce à laquelle chacun réalise une activité et l’y inscrit ». Pour divertir les jeunes présents à l’école, les activités sont diverses : nettoyage de la cour, arrachage des mauvaises herbes, désinfection des classes, création d’un coin potager etc.
Elle affirme travailler un jour sur quinze environ au lieu des 25 périodes de 50 minutes et à rajouter à ceci du télétravail à domicile qui consiste en outre à rédiger les priorités à atteindre d’ici la fin de l’année (Programme individuel d’apprentissage).
Question sécurité, elle ajoute « les parents préfèrent garder leurs enfants chez eux, surement par peur (JT) » mais pour ses autres collègues, personne ne se sent en danger à part ceux qui ont fait le choix de rester chez eux. « L’école a été désinfectée et nous avons du matériel mis à disposition (savon, désinfectant, gants, masques). »

Au-delà de nos frontières, la situation semble être similaire à quelques égards près. Malgré le discours contradictoire du président français, Emmanuel Macron sur la question de savoir si oui ou non les français devraient continuer à travailler, les différents secteurs se sont adaptés à la situation.
Lucas Tricot, chef cuisiner au restaurant Les Oiseaux à Lille témoigne : « les restaurants d’une qualité semi ou gastronomique ne se sont pas risqués au service de livraison de peur d’une altération de la qualité des plats notamment due à la longueur des trajets -les plats arriveront froids- la présentation ainsi que l’allure des assiettes qui n’est pas la même en livraison que sur place.» Et en ce qui concerne les plus petits restaurants, très peu d’entre eux ont opté pour ce système.
De ce fait, suite à la fermeture de son établissement, il a dû adapter ses journées au travail à domicile «je retravaille sur des recettes de base, lasagnes, quiches et autres choses simples pour moi et pour mes enfants plus tard (rire). Je propose aussi mes recettes à des bloggeurs et à la Voix du nord qui a fait appel à moi, tout comme des Live sur Facebook avec une agence culinaire pour des cuisiniers passionnés comme moi sur internet». Ces nouvelles occupations sont le fruit de beaucoup de temps libre à sa disposition durant cette période mais aussi parce qu’il en ressent le besoin « je ressens absolument le besoin de cuisiner tout le temps, j’en ai besoin alors autant mêler l’utile à l’agréable.»
Il termine en soulignant tout de même que la population lilloise respecte les règles du confinement France « A Lille je suis sorti ce matin chercher du pain et de quoi cuisiner, j’ai croisé deux personnes à tout casser ; chacun reste bien chez soi et c’est comme ça à n’importe quel moment de la journée. »

Autre son de cloche à Hénin Beaumont, une banlieue du nord de la France. Benoit Verzele tout jeune kiné belge travaillant dans un cabinet de 6 personnes trouve la situation regrettable. Prenant son cas pour exemple, il affiche une prise de conscience au vu des faits. « A titre personnel, prenant conscience de la situation, j’avais déjà arrêté de voir mes patients – non vitaux – avant l’arrêté » ; l’arrêté en France qui, rappelons-le, autorise à donner les soins considérés comme vitaux et à annuler ceux qui ne le sont pas. Il souligne aussi le fait que tous ses collègues n’ont pas opté pour la même solution mais comprend leur raisonnement « il y’a peu de revenus au sein du cabinet mais certaines charges importantes sont fixes, à savoir, le loyer (élevé) des locaux ainsi que le salaire de notre secrétaire qui est quant à elle salariée. »
Tout de même, il tient à rajouter qu’en tant que professionnels de santé, ils avaient en leur possesion tout le nécessaire (gants, masques, gels) dans les premiers jours mais il a été plus compliqué pour eux d’en retrouver par la suite en évoquant une loi qui n’autorise que 6 masques par kiné (ce qui n’est évidemment pas suffisant).
En ce qui concerne l’organisation du travail, il fait état d’une tournante entre collègues « un seul kiné travaille à tour de rôle pour assumer les soins vitaux. Nous sommes en train de voir quelle est la meilleure possibilité concernant la tournante car, passant éventuellement à une rotation toutes les deux semaines, nous pouvons espérer la diminution de contacts entre les personnes. »
Il termine en évoquant une situation qui fragilise énormément différents types d’économie et lance un appel auprès du gouvernement « l’état a annoncé un gel des cotisations… ce qui s’apparente d’avantage à un report aujourd’hui. Nous espérons une intervention des instances qualifiées face à l’écroulement de nos revenus.»

En Italie, l’heure serait plus à la solidarité ; pourtant les circonstances semblent bien plus dramatiques que chez nous. « il y’a comme un climat de psychose qui plane, le pays semble être au ralenti » témoigne Jonathan qui habite Milan. Il souligne tout de même que « les rapports restent humains. Je dirais même que les gens ont pris conscience que nous sommes tous égaux et vulnérables ». A Milan tout comme à Bruxelles, de nombreuses librairies et commerces de proximité ont pris des mesures drastiques, pas plus de trois personnes présentes au sein du magasin, 1m50 de distance de sécurité dans les files, une vitre de protection entre clients et personnel et interdiction formelle de payer en espèces.
De part et d’autre dans le monde, de nouvelles habitudes ont étés adoptées par les habitants et les différents corps de métier. Si des solutions actuelles prises sur le tas semblent convenir, sur le long terme beaucoup restent sceptiques quant à la suite des évènements et de l’évolution de leur situation financière.

Raphaël Baling