PETIT JOURNAL DU CORONA : les jeunes de Masure 14 prennent la plume pour donner leur vision du confinement, du virus et de notre société. Une manière d’affirmer sa citoyenneté et de montrer que les jeunes sont plus pro-actifs et positifs que jamais.

« Covid-19 » par-ci, « coronavirus » par-là, la pandémie est sur toutes les lèvres, au programme de tous les JT et aux sommets des charts, et ce, depuis janvier. Plus de trois mois sans être détrôné, nombreuses sont les « victimes de la mode » du nouveau virus en vogue. Mieux que la chanson de l’été, le dernier film de Tarantino ou la nouvelle tenue remarquée de Lady Gaga, le coronavirus fait la une de l’actualité et ne laisse personne indifférent. Ou presque. Retour sur cette épidémie de la peur, entre psychose et banalisation.

Cette épidémie de pneumonie est née en décembre dernier dans la désormais célèbre ville de Wuhan et s’est ensuite répandue à travers les continents comme une trainée de poudre : « Le monde est un village », parait-il. Le 10 mars, tous les pays de l’Union européenne étaient touchés. Un jour plus tard, l’OMS annonçait que le virus pouvait être qualifié de pandémie. A ce mal nouveau a dû être attribué un nom : le « Covid-19 ». Des consonnances astéroïdales ou un nom de code extraterrestre, il parait tout droit sorti d’un mauvais film de science-fiction. Cela ne signifie cependant pas que nous sommes tous condamnés à mort (si ce n’est à la mort sociale en raison du confinement, et encore) : la qualification d’un virus comme étant « pandémique » ne reflète pas son degré de létalité mais uniquement sa transmissibilité et son extension géographique.

Parallèlement à cela, une toute autre épidémie, mondiale elle aussi, insidieuse et à l’appétit insatiable, croît dans l’ombre : celle de la peur, de la psychose, du racisme d’un genre nouveau. En plus des « on dit » de comptoir et des fake news, les médias populaires, par tous les canaux, forts de leur nécessité de faire du clic et de l’audimat pour subsister, nous assomment et submergent d’informations en simultané, sans laisser aux citoyens ni le temps ni la capacité de les assimiler et de les décrypter. Tous les jours, un nouveau topo sur la progression du virus, le nombre de morts, les prévisions à venir, les verbalisations de la police, les capacités des hôpitaux, les ruées dans les magasins, les manières de faire face et de s’adapter pour les travailleurs, indépendants, enfants, parents, grands-parents, … Chaque contaminé, chaque famille confinée, chaque belge bloqué à l’étranger mérite un encart et son quart d’heure de gloire. Les algorithmes Facebook et Twitter ont tout bonnement explosé : coronavirus partout, coronavirus tout le temps, envers et contre tout. Pour échapper à cette pandémie médiatique aussi oppressante que moralement dévastatrice, une seule solution : rester chez soi et bannir tous contacts rapprochés avec Internet, les réseaux sociaux, la télévision, la radio, les journaux papiers, s’armer de boules Quies et se cacher les yeux dans le creux de son coude.

Face à cela, d’irréductibles « covido-sceptiques » résistent encore et toujours à l’envahisseur (23% de la population belge quand même, dont 44% des 18-21 ans selon un récent sondage de Test Achats). A coups de « Une petite grippe n’a jamais tué personne », de soirées clandestines (« Et puis merde, on a qu’une vie ! ») et de serrages de mains intempestifs, ils refusent de plier l’échine face à un ennemi qu’ils n’ont jamais vu de leurs propres yeux, peut-être inventé de toutes pièces ou créé en laboratoire. Parce qu’en effet, « Nous sommes en guerre », en tout cas selon Emmanuel Macron, qui a utilisé sept fois ce qualificatif dans son allocution du 16 mars annonçant le confinement (sans en prononcer le nom), à ses « chers compatriotes ». Reste à savoir si nous sommes en guerre sanitaire ou commerciale, en bataille contre la peur, la panique et l’individualisme, en bras de fer contre le gouvernement « qui veut nous enfermer chez nous ». Ou en guerre humanitaire, face aux passagers du navire de croisière « Diamond Princess » et tous les autres, cloitrés pendant près d’un mois au large des côtes japonaises, sans pouvoir débarquer, faisant étrangement écho aux innombrables embarcations de fortune au bord du naufrage, bloquées aux portes de l’Europe depuis des mois et mois et ayant déjà causé des milliers de morts. Ou bien, en lutte constante et assidue contre la pénurie supposée de papier toilette ?

S’ils arrivent à se frayer un chemin dans les méandres d’Internet, les plus aventureux parviendront peut-être à se faire une idée du Covid-19, compagnon de fortune qui s’est entiché de l’Homme. Ils tomberont peut-être sur les propos éclairants du médecin Philipe Devos, président de l’Absym, à propos des impacts du coronavirus en Belgique, pouvant aller de « quelques centaines de contaminés » si les autorités mettent en place les mesures qui s’imposent à « 33.000 voire 50.000 morts », si rien n’est fait. Selon lui, dans le pire des scénarios, « seuls » 0,4% des belges trouveront la mort, en large majorité parmi les plus de 80 ans. L’inquiétude à l’heure actuelle, c’est la saturation potentielle des hôpitaux, qui pourrait engendrer une flambée de mortalité, expliquant de tels chiffres. Ces perspectives alarmistes ne seront cependant pas atteintes, vu l’arsenal mondial mis en place depuis lors pour endiguer la propagation. Un pic est attendu dans les jours prochains mais l’insoutenable nécessité de choisir quel malade sauver semble « loin de nous » (si on fait abstraction du millier de kilomètres qui nous sépare de la Lombardie). Nous ne sommes cependant pas sortis de l’auberge : en l’absence de mesures de contrôle et de prévention, et donc en cas d’irrespect de notre devoir solidaire de confinement, chaque malade (même asymptomatique) peut infecter entre 2 et 3 personnes.

En continuant leurs recherches, les curieux pourront aussi se replonger dans plusieurs pages de l’Histoire, passage obligé afin de prendre du recul et résister aux élans de panique inhérents aux faits d’actualité retentissants. Ils découvriront ainsi que d’autres crises sanitaires ont marqué les dernières décennies : la canicule de 2003 qui a fait 15.000 victimes (France), la grippe et autres infections respiratoires qui ont causé la mort de 14.000 à 20.000 personnes en 2017 (France), sans oublier la dévastatrice grippe espagnole qui fit rage en 1918 et 1919 et tua 50 millions d’individus à travers le monde, dont près de 250.000 en France. La grippe saisonnière sème quant à elle, selon l’OMS, entre 290.000 et 650.000 morts à travers le monde, chaque année. Ces chiffres permettent d’appréhender avec plus de nuances ceux – provisoires – disponibles actuellement, qui font état de plusieurs milliers de décès à travers le monde (un peu moins de 25.000 au 26 mars), aussi dramatiques soient-ils.
En fouillant dans cette cacophonie alarmiste, ils trouveront peut-être aussi de quoi panser nos peurs : on dénombre 13 fois plus de guérisons que de décès, cette proportion étant par ailleurs en constante augmentation ; plusieurs prototypes de vaccins ont été lancés ; des essais cliniques sont en cours concernant des antiviraux qui ont déjà été utilisés et qui, une fois leur efficacité prouvée, pourront rapidement être mis sur le marché afin de soigner les malades. Ils découvriront également que le taux moyen de mortalité (2,3%) – probablement surévalué – se répartit sur la courbe de l’âge (allant de 0,2% pour les moins de 39 ans à 14,8% chez les plus de 80 ans) et que la maladie est bénigne dans 80,9% des cas.

Refusant de fermer les yeux et de se boucher les oreilles pour fuir ce climat anxiogène, de céder à la panique ou à la banalisation lâche et dangereuse, il demeure la possibilité de prendre une grande bouffée d’air frais – depuis son salon – pour accueillir cette ère nouvelle en se serrant les coudes, avec prudence et bon sens. Pour finir, un mot d’ordre maintes et maintes fois rabâché : « Il n’a jamais été plus facile de sauver des vies » et d’être un héros du quotidien, alors restons chez nous et chassons ce virus que je ne saurais voir. Prenons cette crise et ses répercussions sanitaires, sociales, économiques, environnementales, culturelles, humanitaires, comme une opportunité de changement et de responsabilisation individuelle – qui n’a jamais été tant tournée vers la communauté et le vivre-ensemble – pour aujourd’hui, mais également pour demain.

Pauline Chaudat

Sources :

Sources officielles :
info-coronavirus.be
Organisation Mondiale de la Santé
Rapport OMS
Institut Pasteur

Articles :
Pour en savoir plus sur les propos du médecin Philippe Devos.

Eviter la psychose et la banalisation

Les fake news tuent des gens

Les jeunes ne respectent pas les recommandations : sondage

Eviter la psychose 

Eviter la psychose du coronavirus

Ni céder à la psychose ni faire l’autruche

Corona virus en Belgique

10 informations rassurantes à propos du Corona

Migration en baisse

Pour une analyse historique:
Lien 1 – Lien 2 – Lien 3 – Lien 4 – Lien 5

A propos de l’allocution de Macron: Lien 1Lien 2Lien 3

Vidéo:
Data Gueule  « Coronavirus : confinements solidaires »